Intoxications de la faune sauvage, sous l’œil du Sagir

 

Espaces naturels n°71 - juillet 2020

Le Dossier

Olivier Cardoso, OFB, olivier.cardoso@ofb.gouv.fr, Philippe Berny, VetAgroSup, philippe.berny@ vetagro-sup.fr, Pauline Chaigneau, Fédéra- tion nationale des chasseurs, pchaigneau@ chasseurdefrance.com

En France, les intoxications des animaux sauvages font l’objet d’un suivi coordonné sur le plan national. C’est le rôle du réseau Sagir qui s’appuie sur de multiples collaborateurs pour diagnostiquer et expertiser ces évènements.

Le réseau Sagir a récemment détecté des mortalités importantes de rapaces ayant ingéré des campagnols contaminés aux rodenticides à base de bromadiolone utilisés  en prairie

Le réseau Sagir a récemment détecté des mortalités importantes de rapaces ayant ingéré des campagnols contaminés aux rodenticides à base de bromadiolone utilisés  en prairie

© SD ONCFS Doubs

Dispositif national de surveillance épidémiologique dédié à la faune sauvage (oiseaux et mammifères principalement), le réseau Sagir a pour but de détecter précocement l’émergence de maladies ou d’intoxications qui peuvent affecter la conservation des espèces, la santé animale ou humaine, ou l’économie des filières agricoles. À partir d’animaux morts, ou moribonds, trouvés dans la nature, le dispositif vise à identifier les causes de la mort et les processus qui l’ont favorisée. Cette démarche diagnostique repose sur la collecte d’éléments

 

factuels de terrain (circonstance de la mort, biologie/écologie de l’espèce, tableau clinique et lésionnel…) et sur la réalisation systématique d’une autopsie, qui permettent d’orienter et hiérarchiser les examens complémentaires à réaliser. Tous ces éléments sont bancarisés (base de données Epifaune) à des fins de traça- bilité et d’expertise épidémiologique. Lorsqu’un problème sanitaire émerge, le réseau peut ainsi mettre en place une surveillance renforcée pour caractériser plus précisément les aspects cliniques, les facteurs de risques et l’évolution épidémiologique spatio-temporelle.

TOXICOVIGILANCE

Du point de vue toxicologique, deux types d’évènements sont suivis : ceux liés à des usages non conformes (détournements) de produits phytopharmaceutiques et ceux liés aux « effets non intentionnels » de ces produits. À ce titre, le réseau Sagir est le partenaire officiel du dispositif de phytopharmacovigilance de l’Anses concernant la faune sauvage1. La surveil- lance toxicologique de la faune sauvage est complexe ; elle interroge sur les condi- tions d’exposition aux polluants, les effets à l’échelle individuelle, populationnelle, voire écosystémique. À l’échelle d’un indi- vidu, évaluer le lien d’imputabilité entre un toxique retrouvé et les lésions constatées est un point délicat. Cela nécessite le croisement d’informations sur la toxicité intrinsèque de la substance, la forme épidémiologique de la mortalité, le degré de certitude de l’exposition, la quantité ingérée et les lésions obser- vées. La quantification rigoureuse des effets biologiques observés in natura est par ailleurs essentielle pour définir l’impact sur la dynamique de population. Elle s’appuie sur des démarches scientifiques pluridisciplinaires : écotoxicologie, épidémiologie, modélisation de la dynamique de population… Selon la question posée, le recours à des expérimentations en conditions contrôlées peut se révéler incontournable pour améliorer la connaissance des effets des substances ou encore évaluer l’efficacité de mesures de gestion.

 

1) Des mortalités importantes ont par exemple été rapportées chez des oiseaux granivores intoxiqués par des graines enrobées d’imidaclo- pride (Millot et al., 2017).

(2) Berny et al., 2008 ; Cœurdassier et al., 2014

Éléments clés du réseau Sagir

Coordonné par l’Unité sanitaire de la faune de l’OFB, le réseau Sagir est constitué de différents membres : fédérations des chasseurs (FNC/FDC), laboratoires vétérinaires

départementaux et l’ADILVA1 . Parmi les principaux collaborateurs figurent des laboratoires spécialisés (Anses, ToxLab-VetAgroSup), des experts (Pôle d’expertise vétérinaire et agronomique-VetAgroSup), des équipes de recherche académique, des associations de protection de la nature (SFEPM, Conservatoires d’Espaces Naturels, LPO...), d’autres réseaux de surveillance (Smac2, Parcs nationaux/réserves naturelles des Taaf…).

Quelques chiffres :

  • ≈ 2300 évènements investigués/an, dont 150 font l’objet d’analyses toxicologiques ;
  • plus de 200 espèces surveillées, dont 15 % d’espèces dites patrimoniales, éventuellement sous plans nationaux d’action ;
  • 50 composés régulièrement recherchés, dont des insecticides (carbamates/ néonicotinoïdes), des rodenticides (anticoagulants AVK) ou des métaux (Pb, Cd, Hg…).

Contact Sagir : sagir@ofb.gouv.fr

  1. Association française des directeurs et cadres des laboratoires vétérinaires publics d’analyses.
  2. Surveillance de la mortalité anormale des chiroptères