Choisir de mettre en place un chantier d’insertion

 

Espaces naturels n°9 - janvier 2005

Pédagogie - Animation

Alexandre Wolff
Ingénieur écologue

 

Au téléphone, il a dit : « L’insertion par l’environnement, ce n’est pas une arme absolue, mais ça marche ». Le lendemain, il envoyait une lettre au journal dans laquelle il expliquait pourquoi les chantiers d’insertion dans les espaces naturels se révèlent efficaces pour tous. Alexandre Wolff, Ingénieur écologue est responsable d’une unité de chantiers d’insertion par l’écologie urbaine au sein de l’association « Espaces ».

La mise en place de chantiers d’insertion dans les espaces naturels semble aller de soi. En effet, une telle décision relève d’une démarche de développement durable puisque les trois grands axes du concept sont pris en compte : environnement, social, économique.
Mais le choix n’est pas si évident. Alors, au préalable, revenons sur l’utilité des chantiers d’insertion. Leur raison d’être est la réalisation d’activités d’utilité sociale, qu’elles soient marchandes ou non marchandes. Dans le but d’offrir des emplois, une formation, un accompagnement social et un suivi socioprofessionnel à des personnes en difficulté, éloignées de l’emploi, souvent bénéficiaires du RMI, et possédant généralement un faible niveau de qualification. L’objectif est une re-mobilisation ou re-dynamisation par la mise en situation de travail.
Embauchés pour la durée du chantier ou pour le temps nécessaire à leur parcours d’insertion, les salariés sont généralement issus du territoire où intervient la structure d’insertion. La mise en situation de travail à temps partiel leur offre des possibilités de formation et une souplesse dans la recherche d’emploi et de logement. Elle facilite les suivis thérapeutiques éventuels et permet une reprise progressive d’une activité professionnelle.
En espaces naturels, les chantiers d’insertion proposent une activité professionnelle en équipe (six à quinze personnes en moyenne) par la valorisation du patrimoine naturel collectif. Le travail, dans le cadre naturel, permet d’ailleurs une progression des personnes adaptée à leur état physique et psychologique. L’encadrement assure le respect des objectifs du chantier, des règles du travail mais aussi un apprentissage des gestes et des connaissances nécessaires (complété par une formation pré-qualifiante), sans oublier l’indispensable lien avec les acteurs sociaux, qu’ils soient internes ou externes à la structure d’insertion.
L’un des points forts des chantiers d’insertion en milieu naturel est lié à la conscience de participer à un projet de territoire. Conscience qui suscite motivation et reconnaissance : autant de choses véritablement utiles aux personnes en difficulté.
À leur arrivée sur le chantier, les salariés sont rarement du métier. Le travail en milieu naturel est fréquemment une découverte pour eux qui, pourtant, habitent à proximité de ces espaces et les fréquentent. Mais, que les tâches à accomplir soient liées à la gestion d’espaces naturels sensibles, à la restauration de berges de cours d’eau ou des sites des Conservatoires régionaux d’espaces naturels… la dimension de projet suscite, pour beaucoup, une volonté de poursuivre dans le domaine des espaces naturels.
Un atout pour les acteurs territoriaux
La spécificité d’un chantier d’insertion en espaces naturels réside, en général, dans une démarche de continuité temporelle et spatiale. L’action se déroule sur plusieurs années depuis le nettoyage préliminaire jusqu’à l’entretien régulier, l’aménagement des sites et la mise en œuvre de plans de gestion. Voilà qui permet un suivi continu et une présence quasi permanente. Les acteurs territoriaux sont, d’ailleurs, particulièrement sensibles à ces rôles de veille et d’alerte que peuvent jouer les acteurs du chantier, notamment en milieux urbain et périurbain. Il en est de même lorsque de telles opérations sont réalisées sur des espaces difficiles à appréhender et qu’il faut gérer de manière continue : berges de fleuves et de rivières, milieux fragmentés par l’urbanisation, friches urbaines, dépendances vertes d’infrastructures de transport…
Et s’il fallait encore convaincre, soulignons que de tels chantiers participent à des démarches de territoires. Ils mettent en œuvre des politiques locales d’insertion et environnementales en matière de préservation, de gestion et de valorisation de ces espaces.