Réserves naturelles d’outre-mer, un enjeu de taille

 
Edito

Jean-Marc Michel
Directeur de la nature et des paysages au ministère de l’Écologie et du développement durable

Un privilège peut-être, une responsabilité certainement ! En matière de biodiversité, l’outre-mer français regroupe un grand nombre de régions biogéograghiques du globe et héberge plusieurs « points chauds » de biodiversité1. Sa dimension marine est souvent méconnue alors que la France possède là le deuxième domaine maritime au monde. Or, d’un « point chaud » à l’autre, la présence et l’activité humaines peuvent être très différentes : d’un côté certaines îles à densité de population et croissance démographique fortes, de l’autre des espaces pratiquement inoccupés.
Les Réserves naturelles, et de façon plus générale les outils de protection réglementaire des espaces naturels, y ont pris une place plus grande qu’en métropole dans les politiques publiques. J’y vois le double effet de la multiplicité des éléments remarquables du patrimoine naturel, souvent d’importance mondiale, et de l’urgence à intervenir qui appelle des réponses très structurantes. Parmi elles, les plans d’action biodiversité des collectivités d’outre-mer qui organisent la cohérence de l’action publique et situent mieux le rôle des aires protégées.
Dans les départements d’outre-mer, le développement du réseau des espaces naturels a été fort, sur une période assez courte ; du reste, plusieurs projets sont encore en cours d’instruction. C’est sans doute sur la partie marine qu’il reste le plus à faire. La nouvelle compétence attribuée aux régions pour créer des Réserves naturelles oblige à réfléchir à la répartition des rôles avec l’État. Il me semble également que la coopération internationale au sein des ensembles maritimes régionaux est indispensable et qu’elle doit pouvoir se concevoir localement. C’est un autre motif de rapprochement entre les politiques de l’État et celles des collectivités territoriales. Les autres territoires sur lesquels l’État est compétent ne sont pas en reste : la Réserve naturelle des terres australes françaises vient d’être créée, sur plus de deux millions d’hectares, et un projet est à l’étude sur les îles éparses.
Dans les collectivités d’outre-mer qui ont bénéficié d’un transfert de compétence en matière d’environnement, il reste encore du travail législatif et réglementaire pour disposer d’outils de protection opérationnels. Ces collectivités doivent aussi pouvoir trouver auprès de l’État, des associations de protection de la nature, du réseau des Réserves naturelles et de la communauté scientifique un appui sur les aspects plus techniques tels que la définition d’une stratégie de création d’aires protégées ou l’organisation de leur gestion.
Beaucoup de sujets sont communs aux espaces ultramarins tout en leur étant spécifiques, comme, par exemple le relatif isolement des organismes gestionnaires, la nécessité d’une recherche-action sur les espèces envahissantes, la nécessité de contribuer à une éducation à l’environnement ou encore le caractère indispensable d’une approche internationale. Ils justifient pleinement un effort d’animation comme celui que vient d’entreprendre Réserves naturelles de France.
Comme ailleurs dans le monde, le compte à rebours vers l’année 2010 (correspondant à l’engagement des gouvernements sur la réduction de perte de biodiversité) est enclenché. Nous serons jugés sur les résultats et les Réserves naturelles sauront y contribuer.

>>> Mél : jean-marc.michel@ecologie.gouv.fr

1. Un point chaud, hot-spot, est une zone géographique qui présente une biodiversité élevée et qui court des risques d’extinction importants à court terme (on en dénombre trent-cinq dans le monde).