Formation

Créer son MOOC

 
Pédagogie - Animation
Ces modules de cours en ligne, ouverts à tous et massifs, élargissent la palette des outils de formation. Mais leur production nécessite d'importants moyens. Alors comment préparer et mener à bien votre projet de MOOC ?
Un MOOC est basé sur des cours dispensés en vidéo.

Un MOOC est basé sur des cours dispensés en vidéo.

Un « MOOC » (prononcez « mouc »), ça vous dit quelque-chose ? Pas de panique si vous n'êtes pas à la page. Cet outil numérique à vocation pédagogique n'est en effet apparu que récem- ment en France (2010). Mais il se révèle de plus en plus utilisé dans le domaine de la formation, y compris au sein de l'enseignement supérieur. Qu'est-ce donc qu'un MOOC ? Un « Massive Open Online Course », nous apprend le Commissariat général de l'environnement et du développement durable (CGEDD) dans sa publication Théma de mai 2017, consiste en « un parcours pédagogique digital fondé sur la combi- naison d’unités ou "grains" pédagogiques organisés ». Il est basé sur des cours dispensés en vidéos auxquelles peuvent venir se greffer des activités pratiques à réaliser par les apprenants. Ces derniers rendent compte de leur activité et posent leurs questions sur des forums d'échanges.

Plus concrètement, il s'agit d'un mode d'apprentissage à distance au cours duquel l'apprenant suit des leçons devant une interface numérique (ordinateur, tablette, etc.) depuis le lieu de son choix. Pendant une période de diffusion allant de 4 à 9 semaines selon les MOOC, l’apprenant peut réaliser sa formation à son rythme. Ce processus peut ainsi accueillir un grand nombre d'élèves connectés via internet.

Le concept de MOOC a été fondé sur un principe de gratuité mais les modules peuvent, selon le souhait des producteurs, n'être accessibles que lors de sessions à durée limitée. Les activités proposées aux élèves entre deux cours, poursuit le CGEDD, « sont de nature diverse, allant du quiz de compréhension aux "serious games" (jeux sérieux permettant une mise en situation virtuelle) en passant par une production évaluée par les pairs (les autres apprenants) ». Un MOOC n'exclut donc aucunement la possibilité d'une mise en pratique sur le terrain sous forme d'exercices.

ÉVITER L'ISOLEMENT

Dans quelle mesure les acteurs et le secteur de l'environnement peuvent-ils bénéficier de ces cours en ligne ? Un indice, signale encore le ministère en charge de l'Écologie, le nombre de MOOC en France abordant des thèmes liés au développement durable a beaucoup augmenté ces dernières années : on en comptait moins de 5 en 2014 et plus d'une trentaine en 2016. Tangi Corveler, chargé de projet Climat aux Réserves naturelles de France (RNF) a pour sa part décidé d'ajouter ce type d'outil dans le bouquet de formations qui sont proposées aux agents qu'il accompagne. RNF projette ainsi de produire un « COOC » (Corporate open online course, un MOOC destiné au public plus restreint d'une organisation), ouvert à une vingtaine de personnes à chaque fois, ayant pour thème les effets du changement climatique sur la gestion des espaces naturels.

Peu sensible à l'effet de mode qui entoure ces pratiques issues de la « transition numérique », Tangi Corveler voit malgré tout dans les MOOC le moyen de diversifier l'offre de formation en « apportant de la souplesse aux apprenants » qui, dans son cas, ne peuvent pas être présents à toutes les formations de par leur répartition sur tout le territoire national. Un MOOC pouvant se structurer sur des rendez-vous communs à tous les apprenants et des leçons individuelles asynchrones, il devient plus aisé de créer des groupes en s'adaptant partiellement aux disponibilités de chacun.

Premier enjeu cependant, que Tangi Corveler pointe d'emblée : « les gestionnaires de réserves sont plus enclins à aller sur le terrain avec une paire de jumelles que de se poser tout seul devant un écran. » Il lui faut donc particulièrement soigner la conception de son COOC qui devra, tant sur la forme que sur le fond, « donner envie de s'engager » dans les leçons. Pour cela, et on retrouve là des principes de formation plus classiques, il convient par exemple de choisir les illustrations et exemples dans lesquels les apprenants peuvent se projeter. Ce lien au terrain sera également entretenu au moyen de temps d'échanges sur les sites RNF qui viendront ponctuer la formation en ligne. À l'aide de ce COOC, Tangi Corveler ambitionne aussi de « créer une émulation de réseau » et de favoriser l'émergence de communautés thématiques qui pourraient perdurer, voire devenir contributeurs « experts » pour des sessions de formations ultérieures.

BOTANIQUE À DISTANCE

Production de vidéos, articulation entre leçons individuelles et collectives, exercices de terrain et échanges entre participants sur les forums, etc. : un MOOC, ça ne se prépare pas aussi facilement qu'un diaporama... Ce type de module hybride en effet une certaine diversité d'objets qui demande des compétences tant en termes techniques que pédagogiques. Par ailleurs, en dépit de l'image que les formations à distance peuvent renvoyer, un MOOC ne se pilote pas nécessairement tout seul en livrant les élèves à eux-mêmes. Au contraire, souvent, une animation bien menée participe pleinement de la qualité de l'enseignement dispensé et évite que des inscrits ne décrochent en route. Pour toutes ces raisons, celui qui ne dispose pas de compétences dans les domaines de l'informatique ou de la vidéo et qui n'a jamais assuré de forma- tions d'une durée importante aura besoin de se faire aider pour réaliser son MOOC.

Tangi Corveler s'est de son côté tourné vers Tela Botanica, ayant lui-même suivi et apprécié la dimension « très collaborative » du « MOOC Botanique » que cette association a réalisé en partenariat avec l'Université Paris-Sud. Constatant que la botanique n'était plus enseignée dans sa globalité dans la plupart des cursus d’aujourd'hui, Tela Botanica a créé ce module afin de faire découvrir le monde végétal et le fonctionnement des plantes à un large public de particuliers et professionnels. D'une durée de 9 semaines (7 séquences de cours), ce module a rencontré un grand succès lors de sa diffusion en 2016 : 33 500 personnes s'y sont inscrites, la plupart n'ayant jamais pratiqué la botanique. Preuve que le contenu et l'animation étaient de qualité, « 22 % des inscrits sont allés jusqu'au bout du processus en téléchargeant l'attestation de forma- tion, contre 10 % en général dans les MOOC de cette envergure », se réjouit Audrey Tocco, de Tela Botanica. Quelles sont les principales difficultés dans l'élaboration d'un MOOC ? « Il est essentiel qu'une personne coordonne le projet dans sa globalité en associant d'un côté des personnes chargées de la communication et de la production de supports pédagogiques et techniques, et de l'autre, des pédagogues experts et des animateurs qui garantissent l’acquisition des connaissances par les apprenants », explique Audrey Tocco. L'association a sollicité des prestataires extérieurs et les a intégrés à l’équipe de conception du MOOC afin de compléter certains savoir-faire qu’elle avait en interne.

Si un MOOC et une formation de visu ont en commun, pour l'enseignant, de se fonder sur un fil rouge et un plan clairement établi, l'élaboration des leçons en vidéos d'un MOOC se distingue en termes d'écriture, comme l'analyse Audrey Tocco : « Il faut d'abord écrire un script qui explicite ce qu'on va dire dans telle séquence et vidéo, qui va le dire et dans quelle situation, puis on réfléchit à comment on va filmer la personne et de quelle façon illustrer son propos.» Pour ce faire, Tela Botanica a fait appel à un journaliste scientifique pour s'assurer que les propos étaient clairs. Des graphistes ont dessiné les illustrations tels que les schémas animés en 2D, tandis que les vidéastes filmaient les intervenants et que les monteurs tissaient le tout. Le MOOC s'est ainsi construit dans un ballet d'aller-retours continu entre ces divers opérateurs au cours de l'année nécessaire à son élaboration.

Autant dire qu'il faut du temps et des moyens pour produire un MOOC de qualité. « L’écosystème MOOC est toujours en recherche d’un modèle économique pérenne permettant son développement », analyse à ce sujet le CGEDD. « Aujourd’hui, les coûts humain et financier importants sont généralement financés par des subventions ou budgets d’amorçage, fragilisant les initiatives de petites structures et favorisant l’adossement à des structures de formation établies. » À cela vient s'ajouter un autre enjeu pour l'avenir des MOOC, à savoir la validation officielle des formations pour les bénéficiaires. Seuls quelques-uns s'accompagnent aujourd'hui encore d'une validation de crédits universitaires.